Vue d'Ici:
    Ellen Lampert-Greaux d'origine Américaine, vit à Petite Saline. Tout en organisant le festival du film Caraïbe, ou écrivant des articles pour différents magazines connus, Ellen observe autour d'elle et nous raconte sa vision d'ici.
    Mai 2005
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     Un fameux festival !
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J’admets que ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir un metteur en scène sénégalais d’1,90 m faire de l’auto-stop à Gustavia en boubou africain jusqu’aux orteils ! Mais pendant le Festival du film de Saint-Barth qui a lieu chaque avril, tout est possible. En fait, notre invité de Dakar, Moussa Sene Absa, fut d’une présence formidable, avec ses vêtements chamarrés, sa cane sculptée, et sa pipe. Son film, Madame Brouette, emmenait l’assistance au Sénégal où il décrivait les luttes d’une femme aux prises avec certaines strates de la société africaine contemporaine. Bien que le thème de notre festival soit (je dis « notre » car j’organise ce cycle annuel avec mon mari Rosemond et notre ami Joshua Harrison, producteur de film à New York) principalement antillais, nous avons constaté que notre public apprécie aussi des incursions occasionnelles d’autres provenances francophones. Cette année, quelques-uns de nos autres films venait de pas bien loin, comme Biguine, par Guy Deslauriers de la Martinique et Neg Maron par Jean-Claude Flamand Barny de Guadeloupe. Mais rien ne nous avait préparé au succès de Neg Maron ! En général, nous allons sur les lieux de la projection vers 19 h pour installer les chaises, les hauts-parleurs (n’oubliez pas que les films sont projetés sur le court de tennis de l’AJOE en plein air – et encore un grand merci à l’AJOE pour l’accueil de cette tournée !) et commencer à faire sauter le pop corn et chauffer les saucisses des hot dogs. Mais ce soir-là, en arrivant, une longue file de gens étaient déjà là, plutôt des adolescents, qui attendaient pour acheter leur ticket. A l’heure de la projection, un peu après 20 h, nous cherchions désespérément d’autres chaises car toutes celles sur lesquelles on avait pu mettre la main était distribuées. C’était la plus forte affluence que nous ayons eue pour un film du festival, sauf peut-être pour Antilles sur Seine quelques années auparavant. Ma fille Rachel et son amie Amy ont fait sauter tant de popcorns, vendu tant de hot dogs et de boissons fraîches que j’ai cru qu’elles allaient trépasser de chaleur ou d’épuisement. Un des éléments-clés de ce film vient du fait que l’un des rôles principaux était tenu par Admiral T. – un musicien de reggae-rap, très populaire en Guadeloupe (vous n’en avez jamais entendu parler ? Il faudrait penser à vous brancher !) Heureusement qu’il ne s’est pas montré ce soir-là en personne, il n’aurait pas survécu à la foule. Mais nous avons été très contents que tous ces teenagers soient venus voir le film – une tranche de vie dans la Guadeloupe d’aujourd’hui et ses problèmes sociaux. Et ce qui nous a surpris fut que ces jeunes se soient vraiment très bien comportés ! Parfois nos spectateurs adolescents sont plus concernés par eux-mêmes que par le film, formant deux cercles de chaises à l’arrière du court de tennis, tripotant leur téléphone cellulaire, jouant à des jeux, envoyant des textos, que sais-je ? Mais cette fois-ci, c’était différent et on peut simplement espérer que c’était par intérêt pour l’intrigue du film. Nous avions ouvert le festival avec une reprise du Buena Vista Social Club comme « best of… » des neuf années précédentes, et l’avons clos par « Motorcycle diairies », une version par Walter Salles des aventures du jeunes Ernesto « Che » Guevara, avant qu’il devienne le fameux révolutionnaire que l’on connaît. L’un dans l’autre, ce fut une bonne cuvée de films cette année, que beaucoup de spectateurs ont qualifiée de « la meilleure de toutes ». Ce qui veut dire qu’il va falloir s’accrocher pour que la prochaine soit encore meilleure. C’est ainsi que quand quelqu’un a gentiment suggéré à Rosemond qu’on devrait faire un festival comme ça deux ou trois fois par an, j’aurais aimé être là pour voir la tête qu’il a faite !
    A Bientôt,
    Ellen Lampert-Greaux
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