Les Nouvelles
- bimensuelles -
Par Cécile Lucot
    D’origine bordelaise, Cécile Lucot vit à St-Barth depuis dix ans. Après avoir été rédactrice en chef du St-Barth Magazine pendant six ans, elle a travaillé pour le quotidien d’informations locales Today. Elle écrit régulièrement pour différents magazines et présente une à deux fois par mois sur St. Barth Online une synthèse de l’actualité des quinze derniers jours.
  20 Janvier 2006 - #55
FEMUR

Le FEMUR donne un Dynamap pro 1000 à l’hôpital de Bruyn

Samedi 7 janvier, quelques membres du FEMUR étaient réunis à l’hôpital de Bruyn pour remettre à Pierre Nuty le directeur de l’établissement et à son équipe médicale un Dynamap pro 1000. Équipé pour la télétransmission, l’appareil est un moniteur multiparamétrique qui permet de prendre la tension et le pouls, de mesurer l’activité cardiaque ainsi que la saturation en oxygène. L’hôpital possédait déjà un Dynamap pro 1000 offert par le Rotary Club, un appareil essentiel pour le traitement des urgences et la surveillance des patients. Le don de ce deuxième appareil identique illustre la volonté des dirigeants de doubler l’ensemble du matériel pour répondre à l’obligation de sécurité imposer par l’isolation géographique et politique de l’île.

Le gouvernement français a longtemps oublié St-Barth, petite île vendue aux Suédois en 1784 contre des entrepôts puis rachetée un siècle plus tard. Les St-Barths vivaient dans un grand dénuement et avaient du mal à subvenir à leurs besoins. En 1817, les sœurs de l’ordre Saint-Paul de Chartres furent sollicitées par le Ministre de l’Intérieur Lainé et le Ministre de la Marine pour s’implanter en Martinique et en Guadeloupe afin de s’occuper des populations. Installées en 1853 à l’hôpital militaire de Saint-Martin, les sœurs commencèrent à venir régulièrement à Saint-Barth. Constatant l’absence de structure médicale dans l’île, le révérend-père Irénée de Bruyn, le prêtre hollandais de la paroisse depuis 1922, décida de construire un hôpital. Il organisa une quête auprès de la population mais l’argent réuni fut insuffisant. Le père de Bruyn demanda une aide financière au gouvernement hollandais de Curaçao qui accepta de financer l’édification du bâtiment. Le terrain sur lequel l’hôpital a été réalisé fut donné par les demoiselles Marie et Elvina Hayes. Avec l’aide bénévole de la population, la construction débuta en 1930. Une salle pouvant héberger douze malades, une petite cuisine et une minuscule pièce contiguë à la pharmacie furent achevées trois ans plus tard. L’inauguration officielle eut lieu le 18 février 1934. L’hôpital, plus proche de la mission catholique que d’une véritable structure hospitalière, fonctionna grâce à trois sœurs infirmières de l’ordre St-Paul de Chartres. L’établissement accueillait de nombreux malades soignés avec des moyens dérisoires. Les femmes, qui traditionnellement accouchaient chez elles, avaient pris l’habitude de venir mettre leurs enfants au monde à l’hôpital de Bruyn. En 1966, la mère supérieure demanda le retour des soeurs dans leur foyer central de Martinique. Faute d’argent pour recruter des infirmières civiles, l’hôpital de Bruyn ferma ses portes le 1er février 1967. L’antenne locale du Secours Populaire organisa le départ des malades pour l’hôpital de St-Martin. Ce n’est qu’en 1970 qu’il rouvrit après avoir été déclaré établissement départemental sur proposition de l’association pour la protection de l’enfance et de l’association diocésaine de Guadeloupe. Un directeur fut nommé mais face au manque d’argent pour recruter du personnel, les sœurs de l’ordre St-Paul de Chartres furent à nouveau sollicitées. L’hôpital se retrouva à plusieurs reprises sans direction et il fallut attendre 1979 pour que la Guadeloupe décide de nommer le directeur de l’hôpital de St-Martin directeur également de l’établissement de Gustavia. L’hôpital de Bruyn a toujours été considéré comme une structure destinée aux soins de premières urgences. Les malades sont évacués par avion vers les centres hospitaliers de Guadeloupe et de Martinique le plus rapidement possible. Plusieurs projets de création de véritable clinique chirurgicale ont vu le jour mais aucun n’a encore abouti. Le 30 août 1991 un arrêté préfectoral transformait l’hôpital jusqu’alors classé hôpital local en établissement public à caractère communal. Cette modification juridique a eu pour conséquence la fermeture des trois lits d’obstétrique dont l’hôpital disposait à titre dérogatoire, suite à une disposition de la loi du 31 juillet 1991 qui prévoyait la fermeture au plus tard le 31 juillet 1996 des maternités dans les hôpitaux locaux. Depuis cette décision du gouvernement français, les femmes ne peuvent plus accoucher à St-Barth. Elles sont obligées de se rendre à St-Martin ou en Guadeloupe, plus d’un mois avant le terme de l’accouchement (les compagnies aériennes refusent de transporter les femmes enceintes de plus de 7 mois et demi) et d’attendre patiemment que le bébé montre le bout de son nez.

Dans les années 1970, l’île s’ouvrit au tourisme. Tombés sous le charme de ses paysages et de sa quiétude, des visiteurs américains décidèrent d’y établir leurs résidences secondaires. En séjournant quelques mois à St-Barth, ils prirent conscience de la précarité de la vie des habitants. Bien que l’hôpital fasse partie des biens départementaux gérés par la Guadeloupe, le soutien du département ne s’est jamais vraiment fait sentir. Est-ce le directeur de l’hôpital qui ne demandait pas d’aide ou la Guadeloupe qui faisait la sourde oreille, nul ne peut le dire. Une chose est sûre, ce sont les dons réguliers des particuliers qui ont permis à l’hôpital de fonctionner. En 1981, Peter Mund, citoyen américain propriétaire d’une villa à Vitet créa la fondation pour l’équipement médical d’urgence ou FEMUR. L’association compte toujours de nombreux membres, St-Barth, américains et européens et organise régulièrement des appels de fonds pour financer l’achat du matériel dont l’hôpital a besoin pour fonctionner. Le FEMUR a également participé à l’équipement du centre de dialyse ouvert il y a deux ans à côté du dispensaire. Ce samedi 7 janvier, Pierre Nuty a tenu à rendre hommage au FEMUR qui depuis plus de vingt-cinq ans a permis à l’hôpital de se doter de nombreux et indispensables appareils. Raymond Magras, Jo Félix et Ernest Brin, tous les trois membres du FEMUR, se sont déclarés prêts à lancer de nouveaux appels de fonds quand les besoins en équipement de la nouvelle aile de l’hôpital bientôt en construction auront été définis.

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