Les Nouvelles
- bimensuelles -
Par Cécile Lucot
    Cécile Lucot vit à St-Barth depuis neuf ans. D’origine bordelaise, cette journaliste professionnelle a été la rédactrice en chef du St-Barth Magazine pendant six ans. Elle est actuellement reporter pour le quotidien d’informations locales Today et collabore régulièrement avec divers magazines comme Mer Caraïbes et Tropical. Cécile présente 1 à 2 fois par mois sur St. Barth Online une synthèse de l’actualité des 15 derniers jours.
  15 Août 2005 - #46

La voile traditionnelle à Saint-Barth

local sailorsPêche et voile sont deux activités qui ont toujours rythmé la vie des Saint-Barths. De nombreuses îles de la Caraïbe possèdent leurs propres flottes de bateaux-pays, tous différents d’une île à l’autre. Les festivités estivales sont l’occasion de renouer avec la tradition des régates de voile traditionnelle.

À Saint-Barth dans les années 1950, les pêcheurs professionnels partaient à la pêche sur des pirogues de 5 à 6 mètres de long taillées dans le bois de gommier, s’aidant d’avirons et d’une petite voile pour aller au large. Beaucoup d’habitants des quartiers de St-Jean, Saline et Cul-de-Sac possédaient une petite barque de 3 à 4 m, un doris, pour lever les casiers et pêcher le long des côtes. Pour les régates organisées pendant les fêtes de quartiers, les « boulines », les doris étaient équipés d’une fausse quille, d’un mat et d’une voile. Saint-Barth comptait alors une douzaine de pirogues pour une trentaine de doris dont certains existent toujours.

Les premiers bateaux-pays:

Dans les années 1960, les pirogues furent peu à peu remplacées par des canots en bois non-pontés équipés de moteurs. Ces bateaux-pays mesuraient 5 m de long et avaient une quille et un fond en forme de V. A Flamands, les anciens se rappellent encore du Titanic, du Roi de la Mer et du Normand, d’autres du Lisette de Corossol et du Sans Pareil de Gustavia. Pour les régates, ils étaient équipés d’un mat et d’une voile et le lest était assuré par des galets posés dans le fond du bateau. Puis des canots à voiles furent spécialement construits pour la régate, les tous premiers s’appelaient L’Eclair, Flash et Patsy.

L’arrivée des saintoises:

En 1975, des pêcheurs originaires des Saintes s’installèrent à Saint-Barth et amenèrent avec eux les fameuses saintoises, ces bateaux plats équipés de puissants moteurs. Plus grandes et plus pratiques pour la pêche, les saintoises remplacèrent vite les petits bateaux-pays qui furent alors réservés aux régates. Mais dans les années 1970, les Saint-Barths amoureux de la voile délaissèrent les bateaux-pays pour devenir propriétaires de voiliers modernes de 8 à 9 mètres plus confortables et plus faciles à manœuvrer. Des compétitions amicales auxquelles étaient conviés les bateaux de passage furent régulièrement organisées. En 1977, une douzaine de voiliers décidèrent de faire le tour de Boulanger et de Fourchu. De retour à terre, assis autour d’une table au Sélect, les marins se donnèrent rendez-vous l’année suivante, confiant l’organisation de la régate à Loulou Magras. Ce rendez-vous annuel devint la Loulou’s regatta dont la dernière édition en 1983 réunit plus de 120 bateaux dans la rade de Gustavia.

La nouvelle génération de bateaux pays:

En 1988, un passionné de voile, Michel Geoffrin, passa commande au chantier Forbin en Guadeloupe d’un petit voilier qu’il baptisa M. Korbo, conçu sur le modèle des bateaux traditionnels guadeloupéens : 6 m de long, 1,50 m de large, un mat de 8 m et un bout-dehors de 50 cm pour un poids total de 600 kgs. M. Korbo navigua seul jusqu’à l’année suivante où Raymond Magras commanda Puchotte au même chantier naval. La même année, le centre culturel passa commande de quatre bateaux destinés à être mis à la disposition d’associations de l’île. La Belle du Vent fut confiée à l’AJOE à Lorient et Dauphin à l’ASCCO à Colombier. En 1990 Eagle fut remis à l’association Ouanalao à Gustavia, et Joshua à l’ALC de Corossol. Au même moment, Théophile Peter, un pêcheur saintois installé à Saint-Barth construisit Flamme, petit voilier semblable mais pas complètement identique aux bateaux traditionnels construits en Guadeloupe. Un championnat local fut alors organisé pendant deux ans. Des équipages de Guadeloupe et des Saintes viennent participer aux courses… De belles régates suivies de longues discussions… Et régulièrement, les Saint-Barths allèrent régater avec leurs bateaux en Guadeloupe et aux Saintes. Ils s’aperçurent alors que les bateaux concurrents étaient plus légers et de construction plus récente que les leurs. De retour à Saint-Barth, le navigateur Luc Poupon dessina les plans d’un nouveau bateau traditionnel en bois. Dedet’s Girl et Budget furent construits en quelques mois en 1994, les premiers d’une nouvelle génération de bateaux traditionnels Saint-Barths, des canots toujours pas acceptés par la jauge guadeloupéenne de bateaux-pays.

Dedet’s Girl et Budget naviguent avec La Belle du Vent, Dauphin, Eagle, Joshua, Poisson Volant et l’Eclair II, le dernier bateau-pays construit sur le modèle des canots des années 60 qui navigue encore. Une formule de jauge a été élaborée en fonction des caractéristiques de chaque bateau. Depuis 2004, un championnat de voile traditionnelle organisé par le St-Barth Yacht Club réunit sur l’eau un dimanche par mois la flotte des petits voiliers. L’année dernière la compétition a été remportée par la Belle du Vent. Cette année Dedet’s Girl, régulièrement en tête des régates, a gagné le championnat 2005.

Après les festivités de Flamands les 30 et 31 juillet, c’était au tour du quartier de Lorient d’organiser sa fête le week-end dernier. Une régate de bateaux-pays s’est déroulée dimanche matin. Parmi les équipages de voileux, deux navigateurs français réputés: Philippe Poupon barrait Dedet’s Girl et Marc Guillemot, autre habitué de Saint-Barth naviguait sur Joshua.

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