Vue d'Ici:
    Ellen Lampert-Greaux d'origine Américaine, vit à Petite Saline. Tout en organisant le festival du film Caraïbe, ou écrivant des articles pour différents magazines connus, Ellen observe autour d'elle et nous raconte sa vision d'ici.
    September 2005
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     Pas évident
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Comme la plupart de mes concitoyens américains et même une grande partie du monde, j’ai passé pas mal de journées à regarder les informations à la télévision qui racontaient la mort, la destruction et le désespoir dans le sillage du cyclone Katrina. Un cyclone de catégorie 4 qui a pratiquement rayé la Nouvelle-Orléans de la carte. La ville qu’on connaissait autrefois sous le nom de « Big Easy » ne mérite plus ce surnom. Pas facile en effet de venir au secours des survivants, et vraiment pas facile non plus de réparer les énormes dégâts non seulement de la Nouvelle-Orléans, mais également le long des côtes du golfe en Louisiane, en Alabama et au Mississipi. Alors que des gens du monde entier (y compris à Saint-Barth) participent à l’immense effort de reconstruction, l’île poussait un soupir de soulagement général en pensant qu’elle avait échappé à un cyclone de plus. Mais dans le cas contraire ? Alors que beaucoup d’habitants de la Nouvelle-Orléans avaient été évacués juste avant le cyclone, et que beaucoup d’autres avaient condamné les ouvertures et s’étaient préparé à l’affronter, beaucoup de victimes étaient restées dans les hôpitaux, les maisons de retraite, et tous ces endroits trop éloignés pour être rapidement secourus. Le cyclone fut une chose, la rupture des digues une autre, et la totale incurie face à cette situation pendant des jours et des jours était incroyable, alors que le monde entier avait les yeux braqués sur cette ville anéantie, son maire sur la sellette, n’ayant aucun moyen pour réagir. Et beaucoup dans le monde ont été vraiment étonnés de ce qu’ils voyaient : de certaines conditions de vie à la Nouvelle-Orléans, avant même le cyclone, mais surtout de l’absence totale d’un plan de secours face à un désastre national de cette ampleur. Mais tout cela ne sert-il pas à tirer la sonnette d’alarme ? Est-ce que d’autres villes américaines ne sont pas en train de se demander s’ils sont prêts pour une telle éventualité ? Et nous alors, sur l’île de Saint-Bath ? Il n’y a probablement aucune chance de pouvoir évacuer toute la population s’il arrive un cyclone de cette magnitude, et de toutes façons, beaucoup de gens préféreraient rester sur place pour faire immédiatement face aux dégâts causés par un cyclone. Mais qu’est-ce qui se passerait si nous étions coupés du monde pour un long moment, au cas ou le port et l’aéroport étaient durablement hors d’usage ? Combien de temps pourrions-nous tenir avec l’eau et la nourriture de l’île ? Bien sûr, la situation n’a rien à voir avec celle de la Nouvelle-Orléans (je n’ai pas encore vu d’alligators sur l’île, sauf ceux que tout le monde connaît) et les maisons de Saint-Barth sont construites pour résister à des rafales et des trombes d’eau que beaucoup de cyclones ont testé dans le passé. Aussi, alors que nos cœurs et nos portefeuilles s’ouvrent pour la ville de la Nouvelle-Orléans, où le prochain formidable enterrement jazzy pourrait être celui de la ville elle-même, puisque les projets d’une reconstruction ne sont pas encore confirmés, nous sommes confortablement assis sur notre colline des tropiques, croisant les doigts pour que les prochains cyclones (Lee s’est vite évanouie, mais où en sont Maria et Nate ?) nous oublient. Mais un événement comme celui de Katrina nous incite forcément à réfléchir à la vulnérabilité de notre environnement et de notre vie elle- même.
    A Bientôt,
    Ellen Lampert-Greaux
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