Vue d'Ici:   Ellen Lampert-Greaux, d'origine Américaine, vit à Petite Saline. Tout en organisant le festival du film Caraïbe, ou supervisant l'équipe locale de Volleyball, ou écrivant des articles pour différents magazines connus, Ellen observe autour d'elle et nous raconte sa vision d'ici.
  Octobre 2003
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  Vos passeports, s'il-vous-plaît
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    Une fois de temps en temps à St-Barth, il se passe quelque chose qui affole complètement pas mal de gens, et on a presque l'impression que c'est la fin du monde, ou du moins qu'on s'en approche. Cela peut aller d'une rumeur sur les impôts à l'annonce d'un cyclone (et vous me croirez si vous le voulez, mais il y en a qui semblent les attendre avec plaisir). Mais il suffit que quelqu'un se mette à avoir une idée fixe, ou alors que quelque chose lui reste en travers de la gorge, et on ne parle plus que de ça du Sélect au Toiny aller-retour.
    Cet automne, la dernière tempête dans un verre d'eau concernait un passeport, un simple passeport. J'avais toujours trouvé les passeports d'ici assez charmants, un sorte de réminiscence des jours tranquilles sur l'île. Bien que les passeports locaux soient français et appartiennent à l'Union européenne, tout comme ceux de métropole, la version Saint-Barth de ce passe-muraille international a toujours été écrite à la main par quelqu'un de la sous-préfecture. Mais en août dernier, les Etats-Unis annoncèrent que tout passeport écrit à la main ne donnerait plus droit d'entrée à la statue de la Liberté ni à un quelconque port d'entrée américain du nord (et peut-être aussi à n'importe quel endroit du monde civilisé, qui sait). Et non seulement on n'accepterait plus aucun passeport écrit à la main, mais ils devraient tous être muni d'un code-barre, ou d'une bande magnétique pouvant être lue électroniquement. Et en plus, la nouvelle réglementation entrait en vigueur le premier octobre 2003. Quiconque ne serait pas en possession de ce nouveau passeport devrait être muni d'un visa délivré par un consulat américain situé à des îles d'ici, ce qui voulait dire prendre un avion pour l'obtenir (ou alors faire confiance au courrier inter-îles de capricieuse réputation) Aussi tout le monde se précipita sur son passeport. Certains poussèrent un ouf de soulagement. Ceux-ci étaient suffisamment récents pour comporter les éléments requis. D'autres étaient proches de la date d'expiration et pouvaient sans préjudice majeur être remplacés par le bon modèle. Mais que dire de ces passeports qui n'avaient vécu qu'une moitié de vie et qui n'étaient plus acceptés ?
    La sous-préfecture a du crouler sous les appels. Un passeport actuel vaut 60 euros et dure 10 ans. Un visa pour les Etats-Unis coûte 80 euros et n'est valable que jusqu'à la fin de vie de votre passeport. J'ai moi-même cherché la piste magnétique sur mon passeport américain que j'avais fait refaire en février dernier (elle y est) pour être sûre que je pourrai passer l'immigration à JFK lors de mon prochain voyage. Mais qu'allaient faire les intrépides voyageurs de l'île ? Je ne peux qu'imaginer le nombre de « pertes » soudaines de ces passeports écrits à la main ce qui supposait un remplacement obligatoire. Peut-être étaient-ils passés sous les crocs du chien, ou tombés à la mer, ou avaient-ils été déchiquetés par la tondeuse à gazon. Et quelque temps après tout ce bazar, les Etats-Unis annoncèrent qu' ils reportaient le délai fatal d'une année, à 2004 ; mais je vous parie le prix d'un ou deux passeports qu'à cette date-là, tout le monde sera en possession de la nouvelle version « high tech » qui satisfait aux désirs de l'Oncle Sam.
  A Bientôt,
  Ellen Lampert-Greaux

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