Vue d'Ici:   Ellen Lampert-Greaux, d'origine Américaine, vit à Petite Saline. Tout en organisant le festival du film Caraïbe, ou supervisant l'équipe locale de Volleyball, ou écrivant des articles pour différents magazines connus, Ellen observe autour d'elle et nous raconte sa vision d'ici.
  Octobre 2001
space
  Grand nettoyage
space
   D'ordinaire, je ne me lève pas à 6 h 30 les dimanches matin (et d'ailleurs, aucun autre matin) mais le 7 octobre précisément, comme j'avais entendu parler d'un grand nettoyage de l'île ce jour-là, j'avais décidé de faire un petit effort.
space
  Pendant le traditionnel tournoi de volley estival, on aurait pu se croire à l'heure de la récréation dans la cour de l'école plutôt que pendant un match, mais après tout, c'était bien là que ça se passait. Des gosses couraient dans tous les sens, jusque sous les semelles compensées des joueurs. Au moins, sur les courts de tennis du Flamboyant, les joueurs ont l'avantage d'être à l'intérieur d'un grillage anti-émeute, alors que le public avec tous les enfants sont parqués à l'extérieur.
space
   Et je n'étais pas la seule. Environ 100 résidents, adultes et enfants mélangés, s'étaient donné rendez-vous sur le parking d'une banque, et à notre arrivée vers 7 heures, nous n'étions certes pas les premiers. La Rôtisserie, un traiteur local, nous fournissait en croissants et pains au chocolat, tandis que les quincailleries et grandes surfaces distribuaient gants, sacs en plastique et boissons fraîches. Une caravane de camionnettes s'apprêtait à tourner pour ramasser les sacs remplis le long des routes. Tout ça était organisé (et bravo!) par le News, un petit quotidien polycopié très populaire distribué partout dans l'île. "Manu", le rédacteur en chef du News, s'affairait à distribuer des T-shirts au nom de l'opération : Quatre Heures Pour La Terre. Une fois en chemin, nous avons réalisé que ce n'était pas du luxe. Des milliers (et je n'exagère pas) de bouteilles de bières, de canettes de soda, et de paquets de cigarettes (pour ne pas mentionner les millions de mégots) traînaient partout. Sans oublier les sacs poubelles pleins de déchets ménagers odorants (des couches bébé par exemple, ça va vous donne une idée), des ventilateurs et des tancarvilles rouillés, des batteries de voiture, des roues de bicyclette et même une télévision qui était là depuis si longtemps que la végétation poussait dedans. Au passage des camions de ramassage, on avait du mal à en croire nos yeux face à cette quantité invraisemblable de cochonneries - surtout quand on sait que les camions-poubelles passent pratiquement tous les jours pour les ordures et une fois par semaine pour les bouteilles et les canettes. Et tout ça provient de gens imbéciles qui balancent leurs saletés dans la nature sans aucun respect de l'île où ils vivent, ou même des autres personnes qui doivent vivre à leurs côtés. Ou alors est-ce que c'est nous les imbéciles prêts à se lever tôt un dimanche matin pour ramasser leurs cochonneries? Et plus nous en ramassions, plus cet effort nous paraissait vain, car nous n'avions aucune garantie que ces immondices n'allaient pas s'amonceler à nouveau au bord des routes. Difficile d'éradiquer les mauvaises habitudes. Qu'importe, nous étions tous assez contents de ce que nous faisions pour nettoyer l'île.
space
  Je pensais à ce moment-là aux milliers de gens qui s'affairaient à nettoyer New York City à une autre échelle, à cet endroit au sud de Manhattan qu'il faudra des années pour reconstruire et pour lui redonner une humanité, cet endroit qu'on appelle "impact zéro". Hasard du calendrier, au moment où nous étions en train de ramasser les saletés, les États-Unis commençaient leurs frappes sur l'Afghanistan, en chasse des terroristes responsables des attaques du 11 septembre.
space
   Nous avons beaucoup de chances de vivre sur une île comme Saint-Barth. Le moins qu'on puisse faire, c'est de la garder propre.

  A Bientôt,

  Ellen Lampert-Greaux


  Nouvelles Locales et Commentaires     Editoriaux-Archive     Guide du Visiteur  

© 1996-2001 Editions Bassin Laurent, B.P.65, 97095 St. Barthélemy, French West Indies