Vue d'Ici:   Ellen Lampert-Greaux, d'origine Américaine, vit à Petite Saline. Tout en organisant le festival du film Caraïbe, ou supervisant l'équipe locale de Volleyball, ou écrivant des articles pour différents magazines connus, Ellen observe autour d'elle et nous raconte sa vision d'ici.
  Julliet 2003
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  Dimanche des cendres
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    Il s'en est passé des choses, le 13 juillet. D'abord, c'était la deuxième journée du tournoi de pêche au gros St-Barth Open, ensuite c'était la veille de la fête nationale, ainsi qu'une étape importante du Tour de France, et enfin ce fut ce jour-là que l'île de St-Barthélemy s'est réveillée enfouie sous la cendre. C'était comme dans la chanson, les Neiges du Kilimandjaro, sauf que c'était plutôt gris que blanc, et que ça avait plutôt un air de fin du monde. Mon mari qui s'était levé aux premières lueurs du jour pour regarder le Tour à la télévision, fut saisi d'effroi en ouvrant les volets de la chambre. L'eau de la piscine, d'un bleu translucide la veille au soir, était noire comme de l'encre. Et tout l'extérieur était couvert d'au moins trois centimètres de cendres. Comme dans notre maison à moitié en plein air on laisse toujours tout ouvert, ma cuisine donnait l'impression d'avoir servi à faire des grillades à une armée entière sans jamais nettoyer. Les chats étaient ravis de faire des roulades et de glisser dans la cendre, et bien sûr en apportaient plein la maison. Finalement, on apprit par Radio St-Barth que le volcan de l'île voisine de Montserrat avait de nouveau explosé, et que cette fois-ci, les vents étant favorables, ou alors carrément défavorables dans notre cas, avaient transporté de gros nuages de cendres et de scories jusqu'à nous. Le ciel en était tout blanc. Assez bizarrement, la nuit précédente avait éclaté un gros orage avec tonnerre, éclairs et forts grains de pluie, mais on était loin de se douter de ce qui nous attendait. En se réveillant, tout le monde s'imagina tout un tas de choses. Que les matériaux du chantier d'à côté avaient volé dans la piscine. Que les voisins avaient fait un grand barbecue et laissé les cendres s'envoler. Les téléphones commencèrent à sonner dès 6 heures du matin, tel le tam tam dans la jungle. « Tu as vu dehors ? » Disait un abasourdi à un autre incrédule. On sortit les balais et les pelles du placard et les marchands de piscine furent assaillis de coups de téléphone, car il était impensable de vivre une seconde de plus avec des cendres dans la piscine. Mes plantes sont encore un peu grisâtres aux entournures, et j'attends une bonne averse qui laverait leurs feuilles. Ironie du sort, tout le monde a ouvert la vidange des gouttières afin de ne pas envoyer dans la citerne la couche de cendres des toits, ce qui implique la perte d'une précieuse eau de pluie. Cependant, les 16 bateaux qui participaient à la régate du 14 juillet prirent le départ dans un nuage de cendres le dimanche matin, après avoir soigneusement lavé leur pont. Et le dimanche soir, le bruit courait qu'une deuxième éruption était en train de cracher vers nous d'autres volutes, ce qui s'avéra faux. Le lundi suivant, le ciel était à nouveau d'un bleu limpide, et les festivités du 14 se déroulèrent sans les fameuses cendres. Le grand nettoyage est passé par là et tout était rentré dans l'ordre. Du moins pour le moment.
  A Bientôt,
  Ellen Lampert-Greaux

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