Vue d'Ici:   Ellen Lampert-Greaux, d'origine Américaine, vit à Petite Saline. Tout en organisant le festival du film Caraïbe, ou supervisant l'équipe locale de Volleyball, ou écrivant des articles pour différents magazines connus, Ellen observe autour d'elle et nous raconte sa vision d'ici.
  Février 2002
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  Poissons Pays
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  Acheter du poisson par chez nous est une drôle d'affaire. Ils vous regardent droits dans les yeux, bien conscients que vous ne connaissez même pas leur nom français. Ni même comment les cuisiner. La première fois, et dernière où j'ai acheté du poisson dans un supermarché, c'était il y a dix ans, quand je me suis installée à St-Barth. J'avais acheté de la daurade. Mais j'ai vite réalisé que c'était une daurade venue de métropole, qui avait été acheminée par avion sur Air France, et pas du tout une daurade locale (mahi-mahi) pêchée par les gens de l'île.
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  Depuis lors, c'est mon mari qui se charge de trouver du poisson. Il connaît beaucoup de pêcheurs locaux, a l'air de savoir quels sont les poissons de saison, et comment on les cuisine. C'est pourquoi quand mon ami Frank est arrivé de Los Angeles la semaine dernière, il s'est arrêté au petit marché aux poissons de Lorient. Après avoir pris en photo des poissons de toutes les couleurs, il s'est précipité chez nous pour nous suggérer d'aller acheter un peu de poisson du jour pour le dîner. Nous sommes donc retournés au marché aux poissons, et c'est vrai que là, le spectacle était aussi appétissant pour l'oeil que dans la perspective d'un dîner; cependant j'ai hésité quelque peu, pressentant que quel que soit mon choix, cela n'irait pas pour le dîner. Et bien sûr j'avais raison.
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   J'appelais d'abord mon beau-frère pour l'inviter à un barbecue, et lui demander s'il n'aurait pas la grande gentillesse de nettoyer les poissons (il sait très bien faire !) Alors bien sûr, il m'a demandé ce que j'avais acheté. Et quand je lui parlais de "grand gueule" (une sorte de mérou) et de perroquet (d'un bleu vif magnifique), il a éclaté de rire (je le savais!) en m'expliquant que ce n'était pas du tout des poissons à faire au barbecue, mais au court bouillon. Qu'à cela ne tienne, va pour le court bouillon. O.k., dit-il, mais pas pour le dîner, on ne mange du court bouillon qu'au déjeuner, et jamais le dimanche. Qui eût cru qu'il existât de telle règles strictes concernant le poisson. Il s'avère qu'en fait, les îliens mangeaient du poisson tous les jours à midi, et accompagné de soupe pour le dîner, alors le dimanche ils s'octroyaient quelque chose de différent pour changer, peut-être un poulet ou du cabri. On est donc tombés d'accord pour manger un court-bouillon samedi à midi (et en même temps, nous nous sommes précipités au camion garé près de l'aéroport pour acheter du mahi-mahi à cuire au barbecue pour le soir-même).
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  Alors que samedi arrivait, j'appris incidemment qu'ici on mangeait le court-bouillon avec quelque chose du nom de "fangui", ce qui n'a rien à voir avec des champignons, mais consiste plutôt en un plat de maïs bouilli - une sorte de gâteau - un peu comme de la polenta. Est-ce que je savais faire? Bien sûr que non. Donc le samedi matin, me voilà à la porte de ma belle-mère, un sac de farine de maïs à la main. Elle me sauva la mise et je repartis de chez elle chargée d'une assiette brûlante de "fangui". Entre temps, le poisson avait été vidé et assaisonné. Je coupais en dé des poivrons rouges et jaunes, des tomates, des oignons, des patates douces et de l'ail et lançait le court bouillon. Il s'avéra que ce fut délicieux, si j'ose le dire.
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  Alors la prochaine fois que vous passez par là, et que vous apercevez ces jolis poissons sur le marché de Lorient, n'hésitez pas. Allez-y franchement, prenez-en des rouges, et des bleus aussi. Je vous donnerai volontiers les recettes de ma belle-mère pour le court-bouillon et le "fangui". Je suis sûre qu'elle n'y verra aucun inconvénient.

  A Bientôt,

  Ellen Lampert-Greaux


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