Vue d'Ici:   Ellen Lampert-Greaux, d'origine Américaine, vit à Petite Saline. Tout en organisant le festival du film Caraïbe, ou supervisant l'équipe locale de Volleyball, ou écrivant des articles pour différents magazines connus, Ellen observe autour d'elle et nous raconte sa vision d'ici.
  Février 2001
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  H2O !
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  Je me suis demandé si le vieux marin de la légende quand il se rendit compte qu'il était entouré d'eau, mais qu'il ne pouvait pas en boire la moindre goutte, ne se trouvait pas à Saint-Barth à ce moment-là. Ce petit coin de terre est battu de toutes parts par les vagues de l'Atlantique ou celles de la mer des Caraïbes, mais il y règne une pénurie d'eau impressionnante en ce moment.
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   D'accord, au départ, c'est une île sèche. Ce qui signifie qu'on y trouve ni rivière, ni torrent, ni ruisseau, ni puits, ni source. Nada. Niet. Pas une goutte d'eau douce. Depuis toujours, la survie des habitants dépend des précipitations célestes. A l'origine, ils récupéraient la pluie dans de grandes jarres de terre cuite, puis dans des citernes de béton. L'explosion démographique de l'île dans les trente dernières années suscita l'emploi d'autres méthodes plus modernes, et c'est ainsi qu'une usine de dessalement d'eau de mer, qui pompe l'eau de mer et l'évapore pour en ôter le sel, approvisionne une grande partie des maisons et des entreprises. Mais comme il n'a pas beaucoup plu ces derniers temps, les citernes, à la fois publiques et privées, sont au plus bas, et l'usine n'arrive pas à faire face à la demande sans cesse croissante. Avec des milliers de résidents et des milliers de touristes qui se savonnent et se rincent tous les jours, qui remplissent leur piscine et arrosent des jardins trop secs, vous n'avez qu'à vous figurer le nombre de mètres cubes d'eau qui se consomment ici chaque jour. Il n'y en a tout simplement pas assez.
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   Les autorités locales font tout ce qu'elles peuvent pour améliorer la situation, et ont mis en chantier une deuxième usine de dessalement qui entrera en fonctionnement l'année prochaine. Dans le même temps, des camions qui transportent de l'eau sillonnent l'île en tous sens. Mais d'où tirent-ils toute cette eau? La rumeur circule que certaines personnes qui ont la chance de pouvoir remplir leurs citernes avec de l'eau de ville, avec un sens civique tout-à-fait admirable, sont tout prêtes à la revendre cinq fois plus cher au premier quidam. Il apparaît aussi que certaines maisons, certains hôtels et bâtiments publics ont été construits sans citerne, ce qui fait que toute l'eau qui ruisselle sur leur toit est perdue (la prochaine fois que vous irez acheter des timbres, demandez donc au postier s'il a de l'eau).
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  Quelques personnes ont pris le taureau par les cornes et se sont installée leur petite unité de dessalement, avec de l'eau pompée dans l'océan. Je ronge mon frein pour aller rendre une petite visite à certains d'entre eux, puisque depuis trois semaines, nous n'avons pas eu d'eau de ville de la journée. Mon mari s'est mis à programmer le réveil au beau milieu de la nuit pour voir s'il pouvait à ce moment-là bénéficier de quelques mètres cubes, étant donné que notre citerne se vide également très rapidement. Eurêka! L'autre nuit, le gargouillis de l'eau qui coule dans le tuyau était pour moi aussi mélodieux que la Petite Musique de Nuit.
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   Au fait, en parlant de musique, il semble que le Festival de Musique de Saint-Barth ait connu un succès retentissant cette année.

  A Bientôt

  Ellen Lampert-Greaux


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