Vue d'Ici:   Ellen Lampert-Greaux, d'origine Américaine, vit à Petite Saline. Tout en organisant le festival du film Caraïbe, ou supervisant l'équipe locale de Volleyball, ou écrivant des articles pour différents magazines connus, Ellen observe autour d'elle et nous raconte sa vision d'ici.
  Decembre 2001
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  Chiffres en folie
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   Tout ça était tellement simple. Désormais nous avons l'impression d'être débordés, littéralement submergés par les numéros. J'arrivais à tous les mémoriser, des numéros de téléphone jusqu'à mon numéro de sécurité sociale. Mais maintenant, il y en a vraiment trop. Plus de numéros à retenir que de doigts de pieds et de mains réunis. Même plus que si vous aviez chacun quatre mains et quatre pieds. Je suppose que c'est la conséquence de ce monde qui tourne le dos aux analogies; tout est passé en numérique et on est envahi de numéros binaires. Des uns, et des zéros.
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  C'est exactement pareil pour les numéros de téléphone ici. Ils étaient à six chiffres (ils étaient d'abord du style "désolé, on n'a pas le téléphone", mais il y a vraiment longtemps!). Maintenant, tout le monde a plusieurs lignes - pour le téléphone, le télécopieur, le modem, le portable - alors où pouvait-on trouver suffisamment de numéros? Six chiffres ne faisaient plus l'affaire, maintenant, nous en sommes tous à 10 chiffres, et au lieu de pianoter 12 touches pour appeler des USA, par exemple, on doit maintenant composer 15 chiffres pour avoir St-Barth au bout du fil (c'est vrai, vous faîtes deux fois le 590 et vous y arrivez tout droit; à moins que vous vouliez appeler un portable, à ce moment-là il faut faire une seule fois 590, puis 690 et là vous avez une chance sur deux de tomber sur votre interlocuteur, ou sur quelqu'un au bout du monde qui ne parle aucun langage que vous connaissiez et ne comprend absolument pas d'où vous appelez).
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   Ce qui fait que pour appeler mon beau-frère, qui habite à 50 m de chez moi, je dois composer un numéro à 10 chiffres. Ca va plus vite de l'appeler par la fenêtre pour savoir s'il est là. Et d'ailleurs rien qu'en regardant si sa voiture est garée à l'arrière de la maison, je suis renseignée. Une voiture avec une plaque d'immatriculation toute neuve, où il y a toujours le même nombre de chiffres, mais comme ils n'avaient plus assez de numéros pour signaler St-Barth par SBH, les nouvelles plaques ont des lettres qui ne correspondent à aucun lieu identifiable. Peut-être que quand ils auront à nouveau fait le grand tour, on pourra retrouver notre SBH favori et avoir une plaque d'immatriculation qui veut dire quelque chose.
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  Et comme si tout cela ne suffisait pas, nous devons maintenant affronter l'euro. On ne pourra plus poser notre question fétiche : "combien de francs pour un dollar?" (Mon père me raconte toujours que quand il était gosse, on pouvait en avoir trois pour un dollar, mais il parle plutôt de ce qu'on tartinait de moutarde au stand de hot dog du coin). Alors non seulement la France a perdu son empire (à part quelques vieux restes de l'époque coloniale dont notre petite île), et abandonné la suprématie internationale de sa langue sur l'autel de l'anglais, mais en plus elle échange au comptoir son franc chéri contre l'euro. Heureusement pour nous qui avons déjà assez de chiffres qui tournent dans tous les sens dans nos têtes, il existe des petites calculatrices qui convertissent instantanément l'euro en franc et vice versa (dans le doute, un euro vaut pratiquement un dollar, pas tout-à-fait).
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  Tout ça me dépasse un peu. Ces jours-ci le numéro que je compose le plus souvent est 00000000000. Zéro, point. Parce qu'il n'y a rien de spécial, rien qui se passe. Juste une autre splendide journée au paradis avec rien de précis à faire.

  A Bientôt,

  Ellen Lampert-Greaux


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