From the
Editor:

    Peter O'Keefe a découvert Saint-Barth en 1968 et y réside depuis plus de vingt-cinq ans. Il vit avec sa famille franco-américaine sur les hauteurs, surplombant St-Jean et Saline, d'où il contemple fasciné l'évolution d'un mode de vie unique se dérouler devant ses yeux.

    Novembre 2005

    Tourisme
space
    Il n’est pas si facile d’écrire un bon papier, honnête, sur le tourisme. Tant d’endroits idylliques ont été pillés par des hordes de visiteurs venus y traîner leurs guêtres qu’on peut facilement considérer le tourisme comme une malédiction des temps modernes. Le problème a été judicieusement décrit il y a quelques années par le directeur du Service des parcs nationaux aux Etats-Unis : "On nous embauche pour protéger la beauté naturelle des Parcs afin que les générations futures puissent en profiter. Mais tellement de membres de la génération actuelle en profitent déjà, que les Parcs sont en voie de destruction." Une impression similaire se dégage de beaucoup des endroits les plus plaisants du monde.
space
    Plus de deux cent mille visiteurs sont venus à Saint-Barth l’année dernière, et bien qu’une proportion assez importante consiste en croisiéristes en escale d’un jour, cela reste un chiffre appréciable pour une communauté de moins de 10 000 habitants. En plus, la plupart de ces personnes viennent ici entre Noël et Pâques, une époque que l’on appelle ici « la Saison ». Ailleurs, on utilise ce terme pour définir les périodes de chasse ou de pêche. Et ce n’est pas une pure coïncidence si on l’utilise ici pour qualifier les semaines de plus grande activité de l’année. Il ne serait d’ailleurs pas complètement surprenant de voir une propriétaire de boutique rentrer chez elle avec une carcasse de touriste bien en chair saucissonnée sur le capot de sa voiture.
space
    Le tourisme attire les faiseurs d’argent dans tous les endroits du monde qui ne sont pas affligés par une guerre civile ou par un temps de chien. C’est une ressource économique primordiale dans toutes les Antilles, et à Saint-Barth, c’est pratiquement la seule source de revenus des résidents.
space
    Les gens d’ici en sont bien conscients, et sont tout-à-fait disposés à s’accommoder d’un certain nombre de désagréments inhérents à l’attraction et à la distraction des touristes. Bien sûr, il y a des limites, et de savoir où elles se situent exactement est l’une des préoccupations actuelles de la communauté îlienne.
space
    Tous les dîners « en ville » bruissent des mêmes litanies de plaintes : trop de constructions, trop de voitures, des touristes moins stylés, trop de marchands de soupe, l’environnement qui se dégrade, etc..
space
    Il est du dernier chic ici d’énoncer une nouvelle complainte bien renseignée sur un changement imminent : par exemple, l’annonce que quelqu’un s’apprête à inaugurer un service de ferry de voitures depuis St Martin va forcément faire froncer les sourcils et accélérer les rythmes cardiaques.
space
    Il y a bien sûr de bonnes raisons de se faire de la bile, mais il reste vrai cependant que le développement de Saint-Barth a été plutôt bien maîtrisé.
space
    Les vacanciers se promènent où bon leur semble, nuit et jour, sans se faire aucun souci sur leur sécurité, et sans avoir à s’apitoyer sur l’affligeante pauvreté de ses habitants. Quand des visiteurs rencontrent quelqu’un qui vit sur l’île – et cela se passe beaucoup plus souvent que dans beaucoup de destinations touristiques – ils ressentent souvent un peu d’envie.
space
    Les premiers touristes apportaient un peu d’argent fort bienvenu rien qu’en s’achetant un nouveau chapeau de paille ou des lignes pour aller pêcher. Aujourd’hui, le flot des visiteurs finance l’éducation supérieure des jeunes, une maison plus confortable, une ou deux voitures correctes, des téléphones, la TV par satellite, des connections internet performantes et des billets aller-retour pour le Gai Paris.
space
    C’est plutôt bien.
space
    C’est même très bien.



    More to come,
    Peter O'Keefe
  Nouvelles et Commentaires   |   Archives   |   Guide du Visiteur