cactus Un Cactus d'un Autre Nom . . . cactus
St Barthelemy, pour lui donner son nom complet, est un lieu.

C'est aussi un peuple et un mode de vie.

L'endroit change peu : un ensemble de vallées et de collines émergeant d'un océan chaud et plutôt amical.

C'est petit, aride, rocailleux et escarpé. L'agriculture y est un exercice de frustration, l'eau douce, un bien précieux qui peut même venir à manquer. L'île n'est pas suffisamment élevée pour que les alizés humides montent à une altitude où ils se refroidiraient et produiraient des gouttes de pluie.

Un trait caractéristique des îles voisines dont l'altitude est supérieure à St Barth est un nuage dense, d'apparence permanente, enveloppant les plus hauts sommets, une véritable usine à eau qui se déverse dans les sous bois tropicaux luxuriants qui viennent à l'esprit de la plupart des gens du Nord quand ils pensent aux îles de la Caraïbe.

Regardez à l'Ouest, Saba ou St Kitts. Le nuage est presque toujours présent, il se matérialise constamment sur la face au vent et s'évapore sur la face opposée appelée sous le vent. Il ne part pas à la dérive avec les autres. Ce genre de nuage peut être considéré comme un processus et non pas comme un objet. Rien de tel n'existe à St Barth; simplement la parade sans fin des cumulus poussés par les alizés.

Ce manque de pluie explique plusieurs choses importantes :

St Barth n'a jamais convenu à l'établissement de plantations lucratives de cannes à sucre, l'île était trop sèche, trop escarpée, trop rocailleuse et finalement trop petite. Sans possibilité d'y établir une agriculture prospère, elle n'a donc jamais été sérieusement convoitée pendant les guerres coloniales du XVIII ème siècle.

Par contre, St Barth avait un port pratique qui lui permit de jouer un rôle clé dans ces conflits intermittents, un rôle qui devait présager beaucoup de son futur.

En tant que port franc pendant la période Suèdoise, St Barth était un centre d'approvisionnement et de commerce utile aux diverses factions en guerre. Un capitaine des mers pouvait venir à St Barth vendre sa prise de guerre ou le butin qu'il avait pillé et en même temps réapprovisionner son navire. Les entrepôts débordaient autour du port rempli de vaisseaux aux pavillons de différentes nations, Gustavia était peuplé de plus de six-mille habitants, et une tradition mercantile, qui persiste jusqu'à nos jours, s'est établie.

En même temps, la pauvreté de l'agriculture avait exclu le besoin courant de l'époque d'acquérir une grande quantité d'esclaves. Et la population se singularisa dans la région par sa proéminence de lignées Européennes. La plupart des St Barths descende directement de leurs ancêtres Bretons et Normands, même si une touche de couleur se rencontre parfois.

Comment se fait-il alors que, même si la nature a été moins que généreuse, tout le monde est si empressé de vous parler de la beauté de St Barth ? Du point de vue exclusif de la nature, il est difficile de comparer l'île aux douces plaines verdoyantes de St Kitts, ou aux vallées et rivières luxuriantes de Martinique. St Barth est décharnée, assoiffée et inhospitalière. Mais il y a bien sûr une explication.

L'alliance ingénieuse de l'endroit que la nature a créé et du lieu que les hommes et femmes en ont fait, lui donne sa beauté. C'est une sensation plutôt qu'un catalogue de vues, de sons ou d'odeurs. Une partie de notre esprit sait reconnaître qu'un peuple, a su s'adapter à des conditions difficiles, et a su créer un mode de vie dans lequel le charme, la fierté, la paix, et plus récemment la prospérité ont une place de choix.
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